PACTE - Décalage horaire



Pourquoi avoir fait ce film?

Je souhaitais illustrer concrètement comment se déroule la journée d’une femme qui a des enfants et qui travaille. Toutes les enquêtes démontrent que le principal frein à la carrière d’une femme est son incapacité à se constituer un réseau solide. Évidemment! Quand on observe comment s’agence sa journée, quand on la voit empiler les tâches et régler mille détails en même temps, on se demande où elle va trouver en plus le temps d’aller prendre un verre avec ses collègues ou de participer à des séminaires qui on lieu en fin de journée?

Je voulais également montrer aux dirigeants l’envers du décor de la vie d’une femme, son rythme effréné, la tension qui en découle, avec son entourage qui compte sur elle pour tout, ses enfants qui la sollicitent et son mari qui, occupé par sa carrière, n’est pas toujours là pour l’aider. Quand une femme arrive au bureau, elle a déjà deux heures de travail derrière elle. J’ai fait ce film de telle manière qu’il touche autant les femmes elles-mêmes, que les hommes. À force d’être disponible pour tout le monde, de dire oui à tout, de se sentir responsable de tout, la femme néglige la dimension informelle des relations professionnelles. Elle la minimise. Elle ne voit pas qu’il est important de soigner son réseau, ses contacts avec son patron, avec ses clients et avec ses collègues. Parfois, elle va même jusqu’à dire que cela ne l’intéresse pas.

Ce film montre aussi que ces moments informels sont importants pour sa carrière. C’est là, après les séances de travail, en prenant un verre avec ses collègues ou lors d’une sortie d’entreprise, que l’on se fait identifier. C’est tout l’art de se trouver au bon endroit au bon moment. Son collègue ne se gêne pas pour le dire à mon héroïne Fiona : il a obtenu le poste que tous deux convoitaient parce qu’il est allé jouer au golf avec son patron pendant qu’elle amenait le petit dernier à la piscine. Je voulais aussi rendre les dirigeants attentifs au fait que même si une femme occupe un poste de cadre aux ressources humaines, ses collègues vont lui demander des conseils d’ameublement, une tâche qui ne fait pas partie de son cahier des charges, mais dont on s’attend qu’elle l’accomplisse juste parce qu’elle est une femme. Du coup, comme Fiona, elle n’a pas le temps d’aller voir son chef pour discuter du nouveau poste qui l’intéresse. Mais je voulais montrer que la femme est également responsable de cette situation, elle croit qu’elle doit dire oui à tout. Elle ne sait pas lâcher prise. Elle ne délègue pas. Résultat: quand va-t-elle penser à sa carrière?

Constats

Le réseau est un outil de promotion hiérarchique

Quand on cite les freins à la carrière des femmes, le manque de réseau arrive en deuxième position, juste après l’absence de confiance en soi. C’est pour pallier cette carence qu’un grand nombre de programmes de mentorat et de groupes solidaires de femmes ont été mis en place. Pour que les femmes se créent des réseaux et ne restent pas isolées avec leurs questionnements. Plus on grimpe dans la hiérarchie, plus le réseau est important. Au niveau du conseil d’administration, il n’y a plus que la cooptation des pairs qui compte, et rien d’autre.

Les hommes s’appuient sur leurs réseaux, par exemple l’armée, les clubs sportifs, les associations d’anciens, les clubs d’affaires. C’est une tradition chez eux et ils le font naturellement. « Il y a trois règles qui régissent l’entrée au conseil: le réseau des bons frères, le sauna et la chasse aux élans. Et comme je ne serai invitées à aucune de ces activités, je ne serai jamais membre du conseil non plus.» Ces propos sont ceux d’une cadre supérieure d’une banque d’affaires finlandaise*, et cet exemple montre comment il se fait que seul un homme peut accéder au conseil d’administration. S’élever jusque là n’a absolument rien à voir avec les compétences métier. A ce niveau, seul compte le relationnel et l’informel.

*Source: Milka Metso, 2006, Planches collantes et plafonds de verre: les trajectoires prof. et familiales des cadres bancaires en France et en Finlande

Les femmes négligent leur réseau… par mauvaise volonté

Les femmes ne participent pas aux apéritifs parce qu’elles ne s’y sentent pas bien. Les hommes au contraire y trouvent du plaisir. Ils mangent bien, ils boivent un bon verre, ils discutent, ils échangent, ils s’amusent. En négligeant ces rencontres, les femmes freinent leur carrière, car c’est également en participant à ces événements informels que l’on constitue son réseau. En plus, elles ne profitent pas des réseaux de leur mari. Souvent quand celui-ci croise un collègue et s’arrête pour discuter, elles ont tendance à rester en retrait, avec les enfants. Même les femmes qui ont une situation professionnelle se comportent ainsi. Comme si elles s’obstinaient à rester dans leur rôle de mère. Elles se coupent ainsi d’excellentes occasions de se créer des liens informels.

Les femmes abandonnent le terrain aux hommes

On le voit bien dans le film. Malgré toutes ses compétences, Fiona abandonne le terrain de l’informel à son collègue. Il ne quitte pas l’entreprise à quatre heures, lui, il prend le temps de discuter, de faire du sport et de parler avec son patron. Il va sans doute obtenir le poste parce qu’il a préparé le terrain. Les femmes doivent apprendre à se faire une place dans l’entreprise, à se mettre en avant, à se positionner. Et c’est un véritable marketing personnel qu’il faut développer dans son entourage professionnel direct.

Les femmes ont moins de temps pour soigner leur réseau

Comme dans le film, où Fiona doit s’occuper de son fils en plus de son travail, chaque minute de la vie d’une femme est comptée. Et elle préfère passer le peu de temps libre dont elle dispose avec ses proches ou avec sa famille plutôt qu’avec ses collègues. C’est pourquoi, elle considère que les moments qu’elle accorde au réseautage doivent être efficaces, et courts. Alors même que la base de la création d’un réseau, c’est de prendre le temps. Le temps d’être avec les autres, et de donner sans savoir quand on va recevoir en retour. Cultiver son réseau demande de la disponibilité, de la patience et de la générosité.

Les femmes sont douées pour le réseautage social

Le réseautage professionnel est plus naturel pour un homme que pour une femme. Depuis des générations, il a créé des lieux de rencontre et d’échanges qui lui conviennent. Il mêle ainsi l’utile à l’agréable. La femme qui veut se faire remarquer par sa hiérarchie, souvent à majorité masculine, doit fréquenter des lieux qu’elle n’a pas choisis. Pourtant, la femme aussi est douée pour créer des liens. Elle fait spontanément du réseautage social. C’est ce que l’on appelle le «réseau maternel». Quand il s’agit de trouver un professeur de musique pour son fils, une baby-sitter, une coiffeuse, elle possède ses propres lieux d’échange et elle les utilise très efficacement: c’est la cour de l’école, le parc, le supermarché. Demandez à un homme de trouver un bon pédiatre, il ne saura où s’adresser, son épouse oui. La femme dispose de lieux d’échange qui correspondent à la vie sociale et familiale. Alors que l’homme a des canaux de réseautage qui correspondent à la vie professionnelle.

Les femmes n’aiment pas se mettre avant

Quand une femme se trouve dans un lieu inadapté, cela se voit et cela se sent: elle regarde sa montre, elle est maladroite, trop offensive ou trop réservée. Elle force le contact ou elle reste en retrait. Et cela ne fonctionne pas. Trop souvent, du fait qu’elle n’a pas de temps à perdre, elle veut faire vite et bien. Elle a la tête pleine de soucis d’un autre ordre, et elle a l’impression qu’elle n’est pas à sa place en participant à un événement de réseautage, alors que mille tâches l’attendent ailleurs. Elle ne se sent pas légitimée à s’éterniser.

Causes

L’absence de modèle de réseautage

L’art du réseautage, c’est se mettre en avant sans en avoir l’air. Et c’est un art qui s’apprend. La femme possède rarement un modèle parental pour l’initier. Un père emmènera son fils, mais pas sa fille, dans les occasions où l’on peut soigner l’informel, le relationnel.

La femme méconnaît les règles du réseautage traditionnel

Des organismes comme l’armée ou les scouts sont basés sur des critères hiérarchiques stricts. Le monde de l’entreprise s’est appuyé sur ces modèles pour se construire. Etant donné que les femmes n’ont pas passé par ces structures, elles connaissent mal les règles du jeu de l’entreprise. C’est comme la fille qui entre dans une cour de garçons et qui perd parce qu’elle joue à des jeux dont elle ne connaît pas les règles.

Une femme ne sait pas dire non

La femme a été éduquée pour s’occuper des autres. Mais elle n’a pas appris à fixer un ordre de priorité, et encore moins à être égoïste. Elle place tout au même niveau d’importance. Comme Fiona qui ne sait pas dire non à sa voisine quand cette dernière lui demande de s’occuper de son fils, alors qu’elle-même a déjà deux enfants et une journée décisive qui l’attend à son travail. Le jour où une femme dit non, c’est qu’elle est déjà surmenée et qu’elle craque. En plus, cela ne l’empêchera même pas de culpabiliser de s’être octroyé la priorité.

Pistes

S’inspirer d’un modèle masculin proche

Une femme guidée par son père apprivoisera les milieux professionnels de manière plus évidente et harmonieuse. Elle sera moins intimidée. Après tout, c’est naturellement ce que fait un fils avec son père. Si dans son entourage, elle ne trouve aucune figure masculine qui lui ouvre les portes, je ne vois pas comment et où elle pourrait apprendre, sinon par elle-même. D’où l’importance d’un parrain pour lui montrer la voie, qu’il se trouve dans sa famille ou dans son milieu professionnel. Parfois, j’aimerais dire aux hommes: prenez votre femme avec vous, prenez votre fille, c’est important !

Trouver des lieux de réseautage adaptés

Les lieux de réseautage traditionnels ne correspondent pas aux attentes d’une femme. Elle devrait donc trouver des lieux qui lui plaisent et où elle se sent à l’aise. Concrètement, ce peut être la cour de l’école, le supermarché, le terrain de sport et tous les endroits où elle emmène ses enfants. Ce sont des endroits où elle peut prendre son temps pour échanger et nouer de nouveaux contacts. Le marché du samedi, c’est bien aussi, on y rencontre beaucoup de monde. Le samedi, on a le temps de prendre un café. Il faut simplement prendre son temps, regarder autour de soi, être attentive aux autres et parler avec les gens. Mettre à profit les réseaux de son mari, de son père, de ses proches, c’est aussi une excellente idée.

Inciter les femmes à cultiver leur réseau à long terme

Une femme doit prendre conscience de l’importance des échanges informels et du plaisir qu’elle peut en retirer. Pour cela, il faut lui montrer que c’est du temps pour soi, un cadeau qu’elle se fait. Et quand elle a compris cela, les relations se nouent d’elles-mêmes. Un réseau n’est pas une création artificielle, que l’on va décider de former du jour au lendemain. Un réseau, cela se cultive et s’entretient à long, voire très long terme. Cela prend du temps, c’est sur cinq, dix ans, voire plus.

Pour réseauter, il faut d’abord se rendre visible

Ce qui importe, ce n’est pas de connaître beaucoup de monde, mais d’être connu par un maximum de personnes. Une astuce parmi d’autres: être répertoriée dans les bottins d’anciens élèves est un atout. Une femme a tendance à disparaître de ces fichiers. Notamment, parce qu’elle change de nom en se mariant. Ou alors, comme elle n’en mesure pas l’importance, elle néglige de mettre sa fiche à jour. Du coup, les responsables du fichier ne la retrouvent pas, et ne l’invitent plus aux événements et aux rencontres d’anciens élèves.

Conserver ses contacts professionnels en tout temps

Durant son congé maternité, en période de chômage, où lorsqu’elle suit son conjoint à l’autre bout la planète, une femme a vite fait de disparaître du paysage. Dans ces cas, elle doit veiller à rester bien répertoriée, dans les fichiers des anciens, comme expliqué au paragraphe précédent, ou dans les listes des associations professionnelles. En cas de congé parental, par exemple, elle ne doit pas hésiter à rendre visite à ses collègues, à participer aux fêtes et aux sorties de l’entreprise, à s’intéresser aux derniers développements, à prendre des nouvelles de ses collègues. C’est à la collaboratrice en congé à prendre l’initiative de ces rencontres, si son entreprise ne le fait pas déjà.

Se mettre au clair avec ses priorités

Une femme doit apprendre à ne pas se sentir coupable si elle engage une baby-sitter pour sortir le soir et se rendre à un cocktail important pour sa carrière professionnelle. Et pour déculpabiliser, elle doit apprendre à lâcher prise, à déléguer et à dire non. Mais avant tout elle doit apprendre à fixer ses priorités. Fixer ses priorités, c’est déterminer en conscience ce qui est important et ce qui l’est moins. En effet: est-elle meilleure mère parce qu’elle fait le taxi pour ses enfants? Dans le film, le fils de Fiona a grandi et n’a plus besoin de sa mère pour aller à la piscine. Il pense à sa piscine, à son entraîneur et à ses copains. Une autre personne pourrait très bien prendre le relai auprès de son enfant pour ce genre de tâche. Mais elle est persuadée qu’elle est seule à pouvoir, et à devoir, le faire.


Résumé du film


C’est le matin. Fiona fait déjeuner ses enfants avant de les emmener à l’école. C’est une journée importante qui commence pour elle. Elle veut parler à son patron de son intérêt pour le nouveau poste de responsable régional. Le téléphone sonne. Sa voisine lui demande si elle peut emmener son fils à l’école, le matin, puis à la natation après l’école, car elle a un cours de gym. Fiona n’ose pas dire non. Le téléphone sonne encore. C’est Monsieur Brigante qui a besoin de la voir d’urgence pour décider du nouveau mobilier du bureau. Là non plus, bien que la décoration de l’entreprise ne fasse pas partie de son cahier des charges de responsable RH, elle n’ose pas dire non.

Quand elle arrive au travail, elle croise un collègue qui lui dit que c’est dommage qu’elle n’ait pas été présente la veille à la verrée du patron. Il y était, lui, et il a négocié le poste de responsable régional, qu’il est sûr désormais d’obtenir. Fiona ne pouvait y être en raison de ses obligations familiales.

À la fin de la journée, elle fait le constat que comme elle ne se trouve jamais au bon endroit au bon moment, et qu’en plus elle accepte toutes sortes de tâches qui n’ont rien à voir avec sa carrière professionnelle, elle n’avance pas dans l’entreprise. Dépitée, elle va discuter d’ameublement avec Monsieur Brigante.

Mot clé: réseautage

Selon Lise Cardinal, il est synonyme d'entraide et de marketing de soi. On doit se faire valoir comme une personne agréable à fréquenter, quelqu’un avec qui on aimerait amorcer une relation. De là l’importance de repérer des personnes dont les valeurs nous tiennent à cœur et avec lesquelles on a décelé des affinités.

Et vous?

Quelles sont les personnes-clés de votre réseau ? Quels rôles jouent-elles pour vous ?

Comment cultivez-vous votre réseau professionnel et social ?

Quelles sont vos endroits préférés pour réseauter? Décrivez une situation de réseautage dans laquelle vous étiez à l’aise.

Quelles différences faites-vous entre réseautage et prospection ?

Avec-vous décroché une nouvelle opportunité professionnelle grâce à vos contacts ? Pour quel poste et dans quelle circonstance ? Racontez.